Hippisme

Analyse : Les courses marocaines sur un nouveau tempo


Les courses marocaines. Une filière en pleine évolution. Un monde de plus en plus concurrentiel. Toujours plus moderne et s’alliant aux nouvelles technologies. Un monde avec de nouvelles pratiques. Avec une ouverture aux femmes. Un monde qui se renouvelle. Des rivalités qui apparaissent. D’autres, légendaires, disparaissent. Certaines écuries historiques quittent les programmes. Les jockeys et les entraîneurs bougent. Le suspens est garanti. Décryptage du nouveau visage des courses marocaines !

Le Maroc change. Le monde des courses marocaines aussi. Fini l’écrasante domination des écuries et des propriétaires historiques. Salam M’hammed Karimine, Atlantic Racing, Ahmed Anas Mountassir, Omar Semlali, Abdelahziz Haouazar, Fahed Saleh Al Siari. Lilia Cherkaoui, etc. Des écuries et des propriétaires qui sont apparus sur le devant de la scène depuis peu. Des écuries et des propriétaires, qui avant 2012, n’existaient pas. Des courses plus indécises que par le passé. Parce que les écuries et les propriétaires sont de plus en plus nombreux. Aujourd’hui, combien sont-ils certains de gagner un titre majeur durant les six prochains mois ? Le Haras Royal les Sablons est le seul. M’hammed Karimine, le Docteur Azeddine Sedrati. Jalobey Racing, Atlantic Racing, Kamal Daissaoui, les Héritiers de Zakaria Hakam, Abdelhaq Lazrack, Nour-Eddine Bajjou, Mohamed El Kandoussi et bien d’autres peuvent y parvenir, ce qui promet ainsi une première moitié de saison indécise. Une chose est sûre, avec l’apparition de nouvelles écuries surpuissantes, de nombreux outsiders, et la diminution du nombre d’écuries historiques : on obtient une filière marocaine avec une nouvelle identité sportive.  »Je pense que la SOREC a fait en peu de temps ce qui n’avait pas été capable d’être fait en des décennies, estimait à ses débuts M’hammed Karimine, grande révélation dans le rang des propriétaires depuis son apparition en 2012. Désormais, j’estime qu’il y a de la visibilité, on peut garantir et rassurer les investissements et il peut y avoir du retour sur investissement. Donc je pense que l’aventure est beaucoup moins risquée qu’avant, à condition de maîtriser tous les paramètres, que ce soit de production, de gestion et d’entraînement. Je pense même que ça peut être rentable. Autrefois je me rappelle quand il y avait mon père et que c’était lui qui était sur le cheval, je savais que personne ne gagnait de l’argent et que tout le monde disait : ’’oui, on fait le cheval pour le plaisir’’. Je pense qu’aujourd’hui, il ne faut vraiment pas prendre le cheval uniquement pour le plaisir. Si vous faites bien le cheval, bien élevé et bien entraîné, il y a moyen de gagner de l’argent. Et donc, je pense que c’est pour çà que de plus en plus de propriétaires investissent dans ce domaine.  »

Des pratiques qui évoluent
Si les écuries et les propriétaires sont donc de plus en plus nombreux à se mettre en évidence, il faut bien dire qu’ils ne sont pas les seuls. Loin de là. Car le nombre d’entraîneurs et de jockeys progressent lui aussi. En parlant des metteurs au point, il faut quand même parler de l’infidélité chronique de certains propriétaires à leur égard. La mode n’est pas de garder le même entraîneur pendant plus de trois ans. Joël Seyssel. Mohamed Al Garch. Deux des meilleurs entraîneurs du circuit qui ont toujours su conserver la confiance de leur propriétaire de cœur. Mais ces dernières saisons, cela a changé. Pour le prouver, il faut se fixer sur le classement des 10 meilleurs écuries depuis 2012 (de Nassif en passant par Jalobey), car c’est plus de 50 % d’entre elles qui ont changé au moins une fois d’entraîneur sur cette période. Les grosses écuries veulent se renouveler, pour être toujours à la pointe du combat. Une idée qui peut être symboliser par le Docteur Azeddine Sedrati, puisqu’il a décidé de se séparer de Jean-Claude Pecout l’an passé, et de le remplacer par Stéphane Coerette. L’écurie Sedrati s’est donc séparée d’un entraîneur qui a glané plusieurs titres prestigieux chaque année depuis sa prise de fonction en 2004, pour un autre nom. Un choix presque obligatoire face à la montée en puissance de l’adversité. Pour rester dans la course aux titres. Sans avoir à endosser le rôle de sparring-partner. L’histoire d’un monde de plus en plus concurrentiel. L’histoire d’un monde en perpétuel évolution.

Le métier de jockey et le niveau des chevaux évoluent aussi
Et oui ! Les courses marocaines, c’est avant tout des courses de chevaux et de jockeys. Du jeu. Du sport. Et avec le temps. Avec la SOREC. Le métier de jockey a beaucoup évolué. Il y a moins de risques, de coups, d’accidents. On se souvient que par le passé, certains pilotes n’hésitaient pas à se disputer violemment entre eux sur la piste. On se souvient aussi que par le passé, certains d’entre eux n’hésitaient pas à rouer de coups leurs partenaires. Mais depuis l’arrivée de la SOREC ainsi que des importantes sanctions liées à ce genre de comportement, les jockeys marocains se sont rachetés une conduite. Il faut dire que l’augmentation du nombres de courses et de réunions montrent aussi cette évolution. Car désormais, rien ne s’arrête vraiment. Des courses, il y en a le mercredi à El Jadida. Le jeudi à Meknès. Le vendredi à Casablanca-Anfa. Le samedi et le lundi à Khemisset. Et même, le dimanche à Marrakech, le dernier né des hippodromes marocains. De ce fait, les jockeys sont de plus en plus sollicités, parcourent de plus en plus de kilomètres, et gagnent de plus en plus d’argent. Cette évolution du métier de jockey se caractérise aussi par la création d’une formation en alternance, diplômant au métier de «jockeys et cavaliers d’entraînement des chevaux de course». Dirigée par l’ex-crack jockey David Bouland et créée en 2015, par un partenariat entre la SOREC et l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), la formation a déjà permis à une promotion pilote de briller dans le monde de la course (Amine Moughat, Zineb El Briouil et Mourad Zabout en sont les meilleurs exemples). Mais lorsque qu’on parle d’évolution du métier de jockey, on est obligé de parler aussi de l’évolution du niveau de leurs montures. A cause (ou grâce?) aux propriétaires et aux écuries qui se livrent une bataille sans merci. Un vrai changement, avec des chevaux importés de plus en plus chers, et sans parler de la progression de l’élevage local et de l’augmentation du nombre d’équidés destinés à la compétition, notamment grâce aux efforts consentis par la SOREC (primes, achats d’étalons, importations de semences congelées, création ou remise à niveau des Haras Nationaux, etc). Et donc, avec des jockeys qui font face à des défis toujours plus grands. Un vrai bouleversement…

Les courses marocaines à l’heure de la globalisation
Pourtant, les courses marocaines n’ont pas toujours réussi à s’adapter à leur époque. Mais avec la SOREC, rien n’est plus comme avant. Les nouvelles technologies ont envahi la planète, et elles ont envahi les courses marocaines. Les statistiques des socio-professionnels et des chevaux sont extrêmement complètes, les courses sont diffusées sur internet ou dans les agences du réseau des partenaires, des journaux marocains comme Derby s’immiscent dans les vestiaires et les coulisses de ce sport : la technologie et les médias font désormais vivre de l’intérieur les courses marocaines à tous ceux qui les aiment. Aficionados marocains ou étrangers. Car la filière s’étend, s’internationalise…Une globalisation qui ne cesse de s’accentuer. Depuis 2012, et la première édition de la Journée Internationale du Pur-sang anglais, l’Europe a découvert l’existence des courses marocaines. Des jockeys et des entraîneurs venus du vieux continent ont bien compris d’ailleurs qu’ils pouvaient relancer leur carrière sur le circuit marocain (le jockey français Yohann Bourgois a posé ses valises au Maroc depuis l’an passé, alors qu’aucun pilote étranger n’avait fait ce choix depuis fort longtemps ; la plupart des grandes écuries sont gérés par des entraîneurs européens). Cette ouverture sur le monde se caractérise aussi par des partenariats (avec le Jockey Club of Turkey, la The President of UAE CUP, le Festival International du Cheikh Mansour) et la création de la Morocco Cup, une série de courses organisées à l’international. Dernière preuve de cette globalisation des courses marocaines, la retransmission d’épreuves à l’étranger et la possibilité pour les parieurs du réseau du PMU français de parier dessus.

Pour être complet, ajoutons que la réussite des femmes est également une preuve de la modernisation des courses marocaines. Par le biais de propriétaires, comme Mouna Bengelloun (Héritiers Zakaria Hakam), Rachida Allali, et plus récemment encore, Lilia Cherkaoui. C’est d’ailleurs la même chose chez les entraîneurs et les jockeys. Stéphanie Haesmans, qui a scellé plusieurs gagnants pour le compte du Docteur Azeddine Sedrati et de M’hammed Karimine. Bouchra Marmoul. Zineb El Briouil. Safaa Ben Habba. Houda Lambarki. Quatre femmes-jockeys marocaines qui ont fait leur apparition sur les programmes entre 2014 et aujourd’hui.

Les courses marocaines nous dévoilent donc un nouveau visage, plus déterminés que jamais, avec des vedettes qui bougent, des compétitions qui évoluent, et une modernisation spectaculaire. Un monde qui devrait compter encore plus d’aficionados durant les prochaines années…


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